El Niño n’est pas nouveau. Ce phénomène climatique revient régulièrement, quand les vents faiblissent dans le Pacifique tropical. Les eaux chaudes se déplacent alors vers l’est, près des Amériques, et modifient la météo dans de nombreuses régions du monde. Mais selon une étude publiée dans Science, El Niño aurait nettement gagné en puissance.
Un phénomène naturel, mais pas isolé
L’équipe de Julia Cole, professeure à l’Université du Michigan, estime que les épisodes des quarante dernières années sont environ 40 % plus forts que ceux de la période préindustrielle. Pour en avoir le cœur net, les chercheurs ne se sont pas contentés des relevés modernes. Ils sont allés chercher des archives naturelles aux Galápagos : des coraux. Ces organismes grandissent lentement, couche après couche. Or, leur composition chimique garde la trace de la température de l’eau dans laquelle ils se sont formés.
L’équipe a analysé 13 coraux, vivants ou anciens. En examinant leurs couches très finement, elle a pu reconstituer les variations de température liées à El Niño sur un millénaire. Julia Cole dit avoir été surprise par la netteté du signal : plus les données s’accumulaient, plus l’histoire devenait claire.
El Niño reste un phénomène naturel. Mais l’étude suggère que le réchauffement climatique le rend plus intense. Les chercheurs ont testé d’autres explications, comme les éruptions volcaniques ou les variations de l’activité solaire. Aucune ne suffit à expliquer le renforcement observé. Et les conséquences ne sont pas abstraites. El Niño peut accentuer les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations et les incendies. Il peut aussi perturber l’agriculture, fragiliser les écosystèmes marins et terrestres, et peser sur la sécurité alimentaire.
Reste à comprendre précisément comment le réchauffement agit sur El Niño. Une piste concerne la surface de l’océan. Quand l’eau se réchauffe, et que le Pacifique tropical reçoit davantage de pluie, la couche supérieure devient moins dense. Elle se mélange moins avec les eaux profondes, plus froides. Résultat possible : elle réagit plus fortement aux changements de vents pendant El Niño.
Les chercheurs gardent toutefois une certaine prudence. L’évolution future du phénomène n’est pas entièrement écrite. Si l’est du Pacifique se réchauffait beaucoup, le contraste avec l’ouest pourrait changer, et donc modifier le moteur même d’El Niño. Ce grand faiseur de météo mondiale semble déjà dopé par le réchauffement. Et quand il hausse le ton, les sécheresses, les inondations, les incendies et les dégâts suivent souvent le mouvement. Voilà qui n’est guère réjouissant alors que les catastrophes naturelles se multiplient partout dans le monde à cause de la montée des températures.